© Cyril Carpentier
Construction de

Port Grimaud

Plus de quarante ans de construction pour donner vie à un lieu incontournable de la Côte d’Azur, de la France, peut-être même du monde… Comment Port Grimaud est-il sorti de terre (ou de mer) ?

Le commencement

Un budget à trouver

Une fois les marécages acquis, il était temps que François Spoerry mette son rêve en marche.

Les premiers budgets étaient très rustiques, faibles. L’architecte a donc fait, en quelque sorte, une quête auprès de sa famille, ses amis, son plombier… pour lancer son projet.
Il leur promit un remboursement ou bien une des futures maisons de Port Grimaud. On sait aujourd’hui que cet investissement a été plus que judicieux quand on voit l’engouement autour de la petite Venise Provençale.

Convaincre les investisseurs

Un challenge

Le budget étant tout de même limité, faire un ouvrage en mer est impossible. François Spoerry commence alors par passer par la rivière de la Giscle puis fera une ouverture en mer par la suite.

La première tranche le long de la plage prend forme et attire déjà les curieux. Le rusé François Spoerry, toujours en quête d’argent pour son projet, tente un beau coup de séduction :
Les bateaux ne pouvant passer facilement tout au long de l’année par la rivière, il fait déplacer des bateaux avec une grue pour les déposer à leurs amarrages supposés, devant la maison.
Cette image parfaite du bateau à côté de sa maison a convaincu très rapidement les investisseurs.

Le succès est au rendez-vous : des maisons jolies et peu chères… François Spoerry obtient des financements et construit 365 maisons par an.

Des couleurs pour

une nouvelle architecture

Dans un coin de sa tête, l’architecte pense toujours aux ports grecs ou italiens comme les Cinque Terre. Ces formes et couleurs lui ont tapé dans l’œil.
Il décide alors de faire de Port Grimaud un village à l’esprit provençal en s’inspirant du territoire et de ses voyages en mer.

Ce projet était une façon de procéder nouvelle pour lui, habitué à proposer plutôt de l’architecture moderne.
Ses pairs n’ont, d’ailleurs, pas été tendres avec lui. Port Grimaud est décrié car à cette époque, la mode était aux toits plats, parois en verre et monochromie. Les constructions du secteur, dans les Alpes Maritimes par exemple, étaient plutôt des grands immeubles de béton et à vocation d’hôtellerie. François Spoerry, lui, veut un village.

La maison

L’accessoire du pêcheur

Chaque maison est différente et a sa propre personnalité : les volets, les balcons, les couleurs… ne sont jamais les mêmes. Ceci pour donner du charme, de la vue et éviter à tout prix la monotonie.
François Spoerry souhaite une architecture douce qui s’intégrera aux lieux.

Bien qu’aujourd’hui ce sont ces maisons colorées qui attirent le plus l’attention des habitants et visiteurs, pour l’architecte le bateau est toujours resté le centre de son projet.
À ses yeux, la maison est là pour bricoler, ranger ses affaires de bateau, cuisiner sur le pouce. Une simple annexe de son navire.

Il souligne d’ailleurs qu’on dit « la maison de pêcheurs » : c’est bien la maison qui a un pêcheur et non l’inverse.

C’est cette vision qui explique l’étroitesse des maisons. Un bateau fait 4m de large, les habitations le feront aussi.
Ce plan très simple lui a permis le meilleur rendement.

L’art de la récup’

Recyclage et économie

Souhaitant économiser sur le prix des matériaux et donner du cachet à son rêve, François Spoerry a énormément pratiqué le recyclage.

À cette époque, beaucoup de quartiers sont détruits dans la région et en France. Il récupère alors des tuiles, des bancs, des lampadaires, des feuillets, du carrelage, des poteaux de téléphone, des poutres, des grilles… qui sont toujours aujourd’hui à Port Grimaud.

Le succès

Forte promotion immobilière

Plusieurs fois, François Spoerry a dû revoir ses plans. Ses vendeurs lui expliquaient que tous les futurs habitants n’arriveraient pas tous par la mer et bien que l’idée soit qu’ils possèdent leur propre bateau, Port Grimaud serait rapidement un lieu de villégiature où on arrive en voiture.
Sur ces conseils, il ajoute des routes, de quoi se stationner, des terrasses et des jardins pour profiter de sa maison.

Tous ces aménagements et la beauté des lieux ont bien sûr fait flamber les prix, notamment des terrains autour. François Spoerry les achète petit à petit pour agrandir son rêve jusqu’à acquérir les 90 hectares d’aujourd’hui.
Il a payé 30 fois plus cher ces terrains que les 30 premiers hectares.

Le prix des maisons a lui aussi été multiplié, environ x20 entre le début et la fin du chantier. Les premières maisons valent entre 70 000 et 100 000 francs, certaines aujourd’hui valent des millions.

François Spoerry a alors dit « j’ai vendu le meilleur moins cher et le moins bon plus cher » (moins bon car plus éloigné de la mer donc le temps pour la rejoindre en bateau est plus long).

Port Grimaud

L’incroyable résultat

Le tracé de Port Grimaud que l’on connait aujourd’hui n’est pas exactement celui imaginé par l’architecte, mais ayant créé un lieu touristiquement prospère et le chantier ayant mis des années à se terminer, le métronome de la cité lacustre ajuste ses plans au fur et à mesure.

Port Grimaud est souvent appelé « la petite Venise Provençale » et comparé à notre voisine des Bouches du Rhône, Martigues. M. Xavier Bohl, l’actuel architecte en charge de veiller aux volontés de François Spoerry pour Port Grimaud, assure que les plans de la cité lacustre ne sont en rien semblables à Martigues, Bruges ou Venise.

C’était un concept innovant et unique au monde lors de sa création. François Spoerry a été ensuite appelé dans le monde entier pour reproduire ce concept. Turquie, Louisiane, New-York, Mexique, Japon, Liban…

La fin du projet

Le regard de l’architecte

À la fin de sa vie, François Spoerry obtient une reconnaissance internationale pour ce projet et exporte donc ses idées partout dans le monde.

Il ressent une immense fierté pour tout ce travail accompli. Il n’aura qu’un seul regret, ne pas avoir pu mener à terme la construction des logements sociaux, rue du Septentrion.

Merci à M. Xavier Bohl et M. Roger Roudeau pour l’historique de Port Grimaud.